Chantier Naval

Là d’où viennent les bateaux

Ce sont des récits croisés, un mélange de faits réels et fiction poétique autour de quatre
personnages principaux : Le Vieux, Elle, Lui et Eux.

Le Vieux a travaillé toute sa vie aux Chantiers, il y avait des bons côtés mais aussi de la
souffrance. Une chose est sûre, son fils n’embrassera pas la même carrière, il a économisé
longtemps pour pouvoir lui payer des études…

Elle, connaît bien et déteste les chantiers. Son père est mort d’une de ces saloperie qu’on
attrape dans la poussière d’amiante. Sa mère y travaille depuis qu’elle est veuve. Elle se fait le serment de n’y mettre jamais les pieds…

Lui, a assisté au départ du France, ce fut l’un des plus beaux jours de sa vie. Quand il sera
grand il travaillera là bas, croix de bois, crois de fer…

Eux, se sont rencontrés sur le chantier, lui soudeur elle comptable. Ils ont un rêve,
embarquer un jour sur l’un de ces paquebots géants construits à la sueur des camarades…
Ces histoires vont se dérouler dans un espace temps : du lancement du « France » jusqu’au « Queen Mary II ».

De et par Jeanine QANNARI
PARCOURS
D’abord comédienne et improvisatrice, Jeanine Qannari a découvert le conte dans une
association de conteurs nantais, Paroles de marmite. Au fil des années, c’est auprès de
Henri Gougaud, Yannick Jaulin, Catherine Zarcate, Michel Hindenoch qu’elle a appris à se
situer dans le paysage des conteurs.
En 1994 elle participe à la naissance de la Compagnie d’Arcalande, qui se consacre en
grande partie à la création et diffusion de spectacles de conte.
Son répertoire s’étend de l’adaptation de contes traditionnels à la création de récits :
« Les contes traditionnels me touchent parce qu’ils savent raconter l’humanité dans son
essence même. Dans la création de récits, c’est la démarche étrange et intime d’aller à la
rencontre d’un propos et d’une histoire qui m’intéresse. »
Elle participe à de nombreux festivals, dont certains où son passage est salué :
– finaliste au Grand Prix des Conteurs de Chevilly Larue en 1998,
– coup de cœur du public à La Nuit du Conte à Vaux Le Penil en 2005,
– prix du public au Festival International de Contes en Iles, aux îles de la Madeleine au Québec en 2006.

PROLOGUE
Jeanine Qannari aime écouter la parole de femmes et d’hommes. Elle aime entendre les
bouts de leur vie qu’ils viennent lui livrer en toute confiance pour laisser une trace – même
infime – de leur passage
Cette trace, c’est leur mémoire. C’est eux-mêmes qu’ils offrent alors à ce récipiendaire que
devient la conteuse avec la mission d’en faire quelque chose. Au moins d’en prendre soin.
Elle aime aussi les lieux chargés, les lieux qui parlent, eux aussi, dès qu’on y pénètre.
Et quand, tour à tour, les deux se présentent à elle, c’est le signe qu’elle doit alors faire son
travail : conter cette rencontre.

LE DEBUT DE L’HISTOIRE
Au cours d’une de mes nombreuses activités artistiques, j’ai été amenée à faire visiter les
halles Alsthom dans les anciens chantiers navals de Nantes.
Dès ma première entrée dans les lieux, c’est le frisson : une immense halle vide de vie avec
ses coursives supérieures et ses ponts, mais qui transpire son passé.
Tout est dans la pénombre mais aspire à être mis en lumière.
Ce lieu est un témoin à lui tout seul., je n’ai aucun mal à voir les ouvriers s’y affairer, à
percevoir le vacarme assourdissant de cet atelier.
Puis nouvelle découverte : je passe un sas fait de lanières en plastique épais et, derrière,
dans l’obscurité, il faut chercher son chemin – comme un mini labyrinthe couplé d’un train
fantôme.
Je n’y vois rien, donc mon imagination va bon train.
Nouveau sas à passer et là !.. C’est comme si j’entrais dans un lieu sacré : là, sont déposées
au sol quantités d’hélices de bateaux ou de moules d’hélices, gigantesques ou plus petites.
Je pense immédiatement au mythique cimetière des éléphants.
Est ce que pour les hélices de bateaux c’est pareil ?
C’est à cet endroit là, ce jour là que j’ai décidé de conter les chantiers navals, je crois.
Très peu de temps après, je suis allée conter mon spectacle « La Penn Sardin et autres
contes de l’oubli » à la bibliothèque des chantiers navals de Saint Nazaire. Après le
spectacle, les bibliothécaires me disent que beaucoup de retraités viennent leur parler de
leur ancien travail mais qu’elles n’ont pas le temps de collecter ces paroles.
Je me propose alors de le faire avec leur complicité.
Elles invitent leurs adhérents à venir me parler de leur travail au chantier et moi, je collecte
leur parole pour en faire un spectacle.

LE COLLECTAGE
Il s’est déroulé de mai à décembre 2013.
Je rencontre les retraités ou salariés à la bibliothèque des chantiers.
Ils sont chez eux et pour moi, c’est précieux. Je suis leur invitée, en quelque sorte.
Chaque entretien dure en moyenne une heure et demie. Je reverrais certaines personnes
deux fois
Ce sont les bibliothécaires qui proposent à leurs adhérents cette rencontre.
En décembre 2013, je décide d’arrêter le collectage.
J’ai plus de quarante heures d’enregistrement.
Maintenant il s’agit de laisser ces paroles reposer, maturer tranquillement, comme on porte
un enfant. Il faut laisser le temps à la gestation, ne rien précipiter.
Par contre, on fixe la date de la naissance : la première représentation au chantier se
fera en décembre 2014.

LES CHOIX A FAIRE
C’est là que commence la deuxième partie du travail, engageant ma responsabilité de
conteuse : ne pas trahir les paroles offertes.
Faut-il simplement restituer ses paroles sous formes de témoignages ?
Mon choix se porte plutôt sur une création d’histoires de vie au sein du chantier en
m’inspirant de tout ce qui m’a été donnée d’entendre et de voir.
Plus qu’un compte rendu de témoignages, je veux m’efforcer à faire de ce spectacle un
voyage au cœur même de ces paquebots immenses qui avant de voguer sur les flots, sont
nés de la sueur et de la main des milliers d’hommes et de femmes qui les ont mis au
monde. Chacun pour un bout, ici ou là, dans la matrice géante des chantiers.
Une immersion totale dans les eaux primordiales d’un bateau in utéro.
Parce que chaque navire porte l’empreinte de ses pères et amène dans son sillage des
bouts de leur vie.

Date : samedi 10 octobre 2020 - 18h

Lieu : Asphan - Eglise du vieux Bourg - NOZAY

Style : Conte

Jauge : 80

Sur réservation